Des data center dans des lieux atypiques

 

Dans l’imaginaire collectif, les data centers ressemblent à des hangars de la taille d’un terrain de football dans lesquels sont disposées en lieu sûr des rangées entières de racks et de serveurs hébergeant des données. À l’évidence, une certaine partie des centres de données correspond à cette description. Il est moins connu du public cependant que de nombreuses entreprises ont créé leur data center dans des lieux inhabituels et improbables, comme des grottes, des bunkers et autres caves et carrières abandonnées.

Caves troglodytes de Saumur, Citadelle d’Arras et Bunker de Marseille

En France, où le patrimoine historique est très riche, plusieurs sites profitent d’une seconde jeunesse en étant aménagés comme centres de données. Dans les Pays de la Loire, une ancienne carrière située dans les caves troglodytiques de Saumur dédie une surface de 15 mètres carrés pour l’installation d’un data center. Aménagé grâce à l’initiative de plusieurs parties prenantes – dont des établissements financiers, des cabinets d’architectes et des entreprises informatiques –, l’endroit est idéal pour le refroidissement des serveurs en raison d’une température constante de 10 à 12 ° tout au long de la journée. Cette température basse et stable due à la profondeur de la cave, sous 30 mètres de vigne, est l’un des atouts de ce data center.

Inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco, la Citadelle d’Arras est un autre site dont la renommée est planétaire. Aujourd’hui, l’une des salles de cette belle citadelle accueille un data center. Aménagé sur deux niveaux de 130 mètres carrés, l’endroit foisonne d’originalité, d’autant que la citadelle étant ouverte au public, l’installation d’un imposant corridor blindé a été requise pour répondre aux contraintes de sécurité auxquelles sont soumis les centres de données.

Près de la Méditerranée, les 8 000 m² d’un entrepôt bétonné dont la construction remonte à la Deuxième Guerre mondiale sont entièrement affectés à l’exploitation d’un data center. Situé au nord du port de Marseille, ce bâtiment impressionne avec sa longueur de 250 mètres et ses murs de 2,6 mètres d’épaisseur. L’emplacement de cette immense plate-forme est l’un de ses points forts, Marseille étant le point de raccordement avec 13 liaisons sous-marines offrant un lien direct vers les continents africains et asiatiques.

Un phénomène mondial

Mettre en place des data centers dans des lieux improbables est un phénomène qui a tendance à se généraliser. Les entreprises de nombreux pays rivalisent d’imagination pour la construction de leurs sites.
En Norvège, un premier data centers sort du lot, lorsqu’il faut évoquer l’originalité de l’emplacement. Celui appelé Green Mountain porte bien son nom, car le site profite d’une situation unique, implanté dans un ancien magasin de munitions de l’OTAN. Celui-ci s’étend sur 12 000 mètres carrés au cœur d’une montagne, sur l’île de Rennesoy. Construit au plus près d’un fjord, l’endroit bénéficie de conditions idéales pour le refroidissement des salles informatiques. Grâce à un système ingénieux, le data center utilise l’eau de mer d’une température de 8° puisée à une centaine de mètres de profondeur pour rafraîchir ses installations. Profitant de ce système astucieux de refroidissement, Green Mountain assure réduire d’une manière appréciable ses coûts et son efficacité énergétiques.

La diminution de l’empreinte environnementale lié à la consommation d’énergie est en effet un enjeu des plus stratégiques pour les data centers. Sur ce point en particulier, celui portant le nom de Lefdal Mine annonce ainsi de sérieuses performances. Situé également en Norvège, ce centre de données a choisi comme emplacement original une ancienne mine de la côte ouest du pays. Une superficie de 120 000 mètres carrés accueille les équipements informatiques de ce data centers, et les halls immenses profitent d’une hauteur sous-plafond de 16 mètres.

Outre Atlantique, 2 data centers côtoient quant à eux les sommets. Un centre de données occupe en effet un immeuble de 32 étages situés à Manhattan. Disposant d’une vue de 360 degrés sur la ville qui ne dort jamais, c’est l’un des plus grands data centers au monde. Au cœur des Andes chiliennes, le plateau de Chajnantor est le cadre d’une installation d’une tout autre envergure. Situé dans un lieu très aride, le centre de données de l’Alma est à ce jour celui qui détient le record du bâtiment technologique le plus haut de la planète, construit à plus de 5 100 mètres d’altitude.

Pour quelle raison héberger des data centers dans des emplacements aussi atypiques ?

Ce n’est pas uniquement dans un souci de démontrer la capacité à mettre sur pied des prouesses techniques dans des lieux atypiques, mais c’est aussi pour montrer la créativité et l’efficacité face aux défis lancés par l’évolution des technologies actuelles.

L’emplacement, la consommation en énergie ainsi que le niveau de sécurité sont des critères essentiels pris en compte par les utilisateurs et clients de data centers pour sélectionner celui avec qui ils souhaitent collaborer. Avec leurs caractéristiques inhabituelles, ces lieux aussi atypiques répondent finalement à tout ou partie de ces critères, comme la proximité d’une source d’eau pour le refroidissement – garantissant un coût énergétique maîtrisé – ou encore l’accès difficile du site, pour répondre aux contraintes de sécurité physique.